L'histoire de l'art fournit de nombreux chef-d'œuvres qui viennent hanter les ateliers. Et l'ombre intimidante des peintres admirés paralyse parfois le pinceau de l'artiste au commencement d'une nouvelle toile. Pour conjurer dans son œuvre la présence encombrante des fantômes adulés, Martin Bruneau choisit et revendique leur compagnie. Rembrandt et Vélasquez s'invitent dans ses peintures comme les huiles obligées et incontournables à la tenue du protocole pictural qu'il s'impose. Conscient de l'écueil potentiel d'une copie servile ou béate, et face au risque de focalisation du regard sur une citation quelque peu idolâtre, l'artiste puise dans une réaction énergique la violence nécessaire pour transgresser ce qui n'était qu'une référence improductive. Comme un écot versé pour ses engouements, l'artiste libère son geste dans un acte rageur d'occultation des visages. Les formes initialement évocatrices de ses admirations basculent dans un iconoclasme ambigu lorsque les mouvements de va-et-vient entre la pondération et la violence, l'énonciation et l'effacement, entre la figure et la biffure révèlent autant un contentement qu'un agacement à ne pouvoir vivre une peinture sans antécédents ni contributions légitimes à la mémoire et à l'histoire.

Jacques Py, directeur du Centre d'art de l'Yonne