Dans  cette rubrique, je vais donner mon avis sur certaines expositions. Je ne suis ni critique d’art, ni écrivain donc le style de ces exposés sera assez lapidaire, plus proche de l’expression d’une pensée qui m’est venue à l’esprit lors de ma visite qu’à une critique ou compte-rendu structuré.

Exposition d'oeuvres sur papier d'Eugène Leroy, galerie Bruno Mory, octobre 2010
Cette exposition était une belle surprise,  inattendue. J'ai appris l'existence de cette exposition et du coup de la galerie pendant l'accrochage de mon exposition à l'Arc, au Creusot. Nous avons pu la visiter malgré qu'elle était terminée, Bruno Mory nous a très gentiment offert d'ouvrir la galerie pour nous.
Ca faisait longtemps que je n'avais pas vu d'œuvres d'Eugène Leroy, la dernière fois probablement lors d'une de ses expositions à la Galerie de France. C'est un peintre qui m'a énormément fait réfléchir à la peinture, à la radicalité en peinture et au syndrome de Frenhofer (jusqu'où on va avant de tomber dans un monologue absolu - forme d'idiosyncrasie). Je me pose toujours la question; est-ce que j'aime la peinture de Leroy? Elle m'impressionne par tous ses excès; matière, couleurs, terres, etc. Le seul autre peintre que je connais dans cette veine est Barcelo pour qui je ressens la même ambigüité. Leroy a su maintenir une "pureté" que Barcelo n'a pas, celui-ci passe d'une facture à une autre, d'un médium à un autre sans souci. C'est propre à notre époque, et en cela Leroy reste un Moderne.
J'avais vu il y a longtemps quelques reproductions d'œuvres sur papier (fusains, gravures) de Leroy qui ne m'avaient pas du tout parlés. L'exposition chez Mory m'a complètement impressionné, il y a une qualité de trait chez Leroy qui fait rêver. Je ne vais pas chercher à décrire les œuvres; il y a des grandes gouaches colorées, des fusains d'après modèles, des encres d'après les classiques, etc. Bruno Mory a mis la main sur une série de centaines d'œuvres qu'il a sélectionnés avec attention. Ce qu'il nous donne à voir est une suite d'œuvres sur papier réalisées par quelqu'un qui avait un œil précis, un regard critique et une volonté de pousser le dessin le plus loin possible. Chez Leroy, on sent une obstination; ce qu'il fait n'est pas un gadget mais un besoin d'approfondir, de creuser le trait, la couleur. Il est profondément terrien, d'où les couleurs, d'où les couches et épaisseurs.
Cette exposition est une leçon de ce que peut être la peinture, de ce que peut être une vie.
Merci Bruno Mory, merci Eugène Leroy.

 


Compte rendu de l'expo de Neo Rausch à Leipzig, été 2010
Le positif:
Il utilise une imagerie issue de l'art officiel du Réalisme Socialiste des pays de l'Est en la détournant et avec un effet ironique ou qui nous laisse un sentiment d’incertitude et de malaise.
Il gère bien les lumières, créant des ambiances dramatiques fortes.
Il varie les gammes de couleur, tout en restant dans une signature qui lui appartient.
L’ensemble des tableaux depuis les années 2000, grosso-modo, offre une grande cohérence et une signature claire (on voit une toile de NR et on sait qu’elle est de lui comme on reconnaît un dessin de Tintin et on sait que c’est d’Hergé).
Ce qui me gène :
Son travail est illustratif ; il nous donne à voir des histoires un peu Surréalistes, un peu théâtrales. Son rapport à la représentation est très convenu, hormis sa déformation des perspectives et des proportions des figures, il ne pose pas vraiment  la question de l’espace en peinture, il ne pose pas vraiment des questions sur la peinture tout court. Par exemple ;  je ne vois pas de véritable intérêt de faire de grandes toiles, les images passent tout aussi bien dans les petites reproductions. Elles pourraient être aussi bien à l’aquarelle qu’à l’huile sur toile. On sent qu’il ne se pose pas vraiment la question de la peinture après l’abstraction, le minimalisme et surtout l’art conceptuel (je pense à Art & Language en particulier qui ont beaucoup travaillé à pousser la limite du sens de la peinture).
Je comprends le succès ‘populaire’ de sa peinture précisément par son côté illustratif (belle maîtrise de la représentation, histoires qu’on peut se raconter etc.) et je retrouve ici le même type d’accessibilité de la peinture de Garouste, qui lui ressemble énormément.

Compte-rendu de l’expo de Jeff Wall à Dresde, été 2010
Je ne pouvais pas passer à côté d’une exposition d’un si illustre compatriote sans m’y arrêter…
J’ai moins de choses à dire au sujet de Wall. Il était une référence à l’époque où j’étais étudiant ; il reste une référence et ses œuvres emblématiques restent pertinentes.
Dans cette exposition, nommée Transit, nous trouvons quelques œuvres de sa grande période, celles qui l’ont rendu célèbre.  D’autres œuvres de ce même type (c'est-à-dire les grandes mises en scène comme pour un film hollywoodien avec comédiens, décors) sont présentées. Je découvre donc des nouvelles œuvres dans son style signature (anglicisme, j’imagine) et je ne peux pas m’empêcher d’avoir le sentiment d’y voir un système. Ces œuvres sont en même temps différentes des précédentes car elles sont beaucoup moins dramatiques : les personnages sont présentés dans leur situations de travail, sans notion de critique sociale que l’on trouve dans les premières œuvres. Wall nous montre désormais que la ‘banalité’ du quotidien de ses personnages. Quelque part, on retrouve une sorte d’effet Paris Match dans la mise en scène de personnes s’auto représentant.
Là où Wall avait réussi à dépasser la photographie dans son travail précédent, il revient dans ces œuvres récentes à ce qui est spécifique à la Photographie (selon Barthes dans La chambre claire) Parmi les œuvres exposées il y a aussi des tirages papier en noir et blanc. Certaines sont des reprises de photos datant d’avant son travail avec les caissons lumineux et comédiens et d’autres, la plupart, sont récentes. Ici encore j’ai ressenti la même chose, à voir un retour à la photographie plus banale. Mais le plus dur est le sentiment que ces photographies n’étaient pas particulièrement bonnes.