Martin Bruneau, trente-cinq ans, québécois d'origine, expose pour la première fois dans une galerie parisienne. Au centre de la toile, environnée d'empreintes grossièrement géométriques ou partiellement recouverte de lignes, est une figure humaine, une jambe et les bras repliés, une figure qui semble creusée dans la surface de couleur. Le regard, s'il s'attarde, aperçoit parfois une corde, celle qui tient en 1'air ce pendu crispé dans le spasme de son agonie. Tout autour, les couleurs sont assez vives, le bleu claque, le vert et le rouge luisent. Au centre, le corps est un magma de touches et de couleurs qui évoquent avec une efficacité très crue des entrailles et le pourrissement de la chair. Bruneau appelle ces ombres des " témoins " et son exposition, " états d'urgence ". Il considère que dans un monde de guerres civiles, un artiste doit prendre le risque de la peinture d'histoire, peinture renouvelée d'une histoire éternellement meurtrière. Parmi les toiles qu'il présente, il en est de remarquables par leur violence et leur sobriété. Philippe Dagen, Le Monde, février 1995 Un corps tout en mouvements, longiligne. Un visage mince et oblong, Impassible. Et un regard généreux dans lequel se cache la mélancolie du rêveur. Martin Bruneau est de ces artistes qui provoque des regrets lorsqu'on ne les connaît pas. Canadien, il porte en lui l'élégance d'un langage où la peinture est un acte d'amour. Tendre et vibrant à la fois. Sans vagues théories. Sans vanité. Ses tableaux reflètent une préciosité baroque, miroir d'un XVII siècle resurgi de la mémoire et l'éclat perdu d'un bonheur sourd au désespoir. De la " Ronde de nuit " aux " Totems " jusqu'à ces " Etats d'urgence " exposés aujourd'hui, Martin Bruneau montre dans l'ambiguïté la plus troublante ce que l'homme recèle de secrets, d'amours inédits, d'espoirs engloutis. " Cette ambiguïté, dit-il, est l'expression même de la violence et de l'angoisse que je ressens face au monde. Du rejet de la société actuelle. Les personnages que je peins sont les acteurs d'une danse macabre qui se déroule dans un univers en folie. " Danse dont chaque tableau décrit en transparence une histoire qui met les sentiments à nu. Ironie. Impudence. Bal masqué où les invités retiennent dans une dernière valse quelques notes d'une vie dispersée dans un chaos sanglant. Pour évacuer l'angoisse, il joue sur l'équilibre entre la tonalité et la forme. " L'aspect expressionniste est tempéré par des couleurs déplacées. Ce qui donne toute sa vitalité à la composition. On peut alors y voir la présence incantatoire de la vie et de la mort. " Jean-Louis Pinte, Figaroscope |