D'abord, il y a ce cri dans le silence de la toile. Un cri strident, bleu, vert, jaune ou noir. D'un noir qui repousse la nuit vers la mémoire. Avec Martin Bruneau, la peinture nous entraîne là où l'émotion s'installe par effraction, bouscule intelligence et sentiments et perturbe la raison. Cette peinture a ses rimes : la couleur; sa phrase : les objets ; sa partition : une vision emblématique du quotidien. Ses premiers travaux traduisent une réflexion sur " Le Déjeuner sur l'herbe " de Manet et " La Ronde de nuit" de Rembrandt. Introspection où le peintre s'empare de la figure pour la projeter dans les ténèbres d'une histoire à naître mais déjà chargée de légende. Véritable miroir de l'âme où l'art s'accomplit en douceur, furtivement. Comme un révélateur. Aujourd'hui, Martin Bruneau prolonge cette histoire en scrutant le patrimoine culturel de son pays : le Canada. D'abord avec une série de " Totems ", figures invisibles du mythe à laquelle répondent avec toute leur symbolique deux objets quotidiens : théière et cafetière. Objets transcendés par le simple pouvoir du regard. Sans détournement. Dans leur vérité nue. La composition frôle l'abîme, elle s'approche du vide où rôde l'abstraction sans jamais se laisser piéger par la forme. Avec " Les Figurines ", l'immobilité, le hiératisme, les masques provoquent le temps. La peinture, dès lors, les pare du voile secret de l'immortalité. Jean-Louis Pinte, Le Figaro, Figaroscope |